Rappel : Je lui tournai le dos et sortis, je m'enfuis aussi vite que possible chez moi, sans me retourner.
Mon appartement sentait le renfermé. J'ouvrai en grand les quelques fenêtres, et m'accoudai à l'une d'elles. Du neuvième étage de mon immeuble, je voyais parfaitement, du côté ouest, la Tour Eiffel un peu plus loin. Ce jour-là, il faisait beau, une brillante lumière inondait Paris. Il n'y avait pas un seul nuage qui gâchait ce spectacle. Tout semblait parfait.
Le téléphone sonna pour la cinquième fois depuis mon arrivée. J'allai enfin décrocher.
« Allo ?
- Tu as oublié ton portable dans ma chambre. »
Sa voix était presque éteinte, il parlait avec difficulté.
« Laisse-le à la réception, je viendrai le chercher.
- Non. Il faut qu'on se parle.
- C'est fini, tu le sais... Il n'y a plus aucun espoir. David a dit non, et quand le grand manitou dit non, on obéit.
- Viens, je t'en supplie... Je veux te voir une dernière fois.
- Je te rejoindrai dans ta chambre à 22h30. »
Je reposai en vitesse le combiné et allai fondre en larmes sur le canapé. Je ne mangeai rien de la journée, et ne me relevai qu'à 21h, pour me préparer. Je pris une douche brûlante, puis enfilai des vêtements quelconques et allai le rejoindre. Ce soir, mon but n'était plus de le séduire mais de lui dire au revoir.
J'entrai dans le hall et avançai lentement jusqu'à l'ascenseur. Arrivée au quatrième étage, je ralentis encore le pas jusqu'à sa chambre. Je frappai, personne ne répondit alors j'entrai, la porte n'étant pas verrouillée. Il était paisiblement endormi dans son lit, je me mis en sous-vêtements et me glissai sous les draps. Le lendemain matin, il me réveilla par un léger baiser sur ma joue.
« Merci d'être venue... et restée.
- Je t'en prie...
- Tasha, je ne veux pas partir sans toi.
- Tu n'as pas le choix, c'est comme ça... Tu verras, tu vas pouvoir faire le vide, penser à autre chose...
- Peut-être, oui.
- Je te promets qu'à votre prochaine venue à Paris, je serai là pour vous applaudir.
- Vraiment ?
- Oui, je te donne ma parole. »
Je me levai et remis mes vêtements. Tom m'embrassa une dernière fois, puis il se rendormit, la conscience tranquille. Ou du moins c'est l'apparence qu'il donnait.
Le soir, lorsque le van les attendait à l'extérieur, j'étais sur le trottoir d'en face et je patientais pour les voir sortir. Quand ils apparurent à l'entrée, il me vit et me fit un sourire, accompagné d'un rapide signe de la main, que je lui rendis. Bill, lui, attendit que Tom ne voie plus rien pour m'envoyer un baiser. Mais je ne fis rien. Je me levai et partis, tout simplement.
Je me retournais juste après, juste à temps pour voir le véhicule tourner au bout de la rue. A cet instant j'eus envie de crier, de me mettre à courir pour les rattraper... Mais je ne fis rien car ç'aurait été inutile.
Pendant les deux jours qui suivirent, j'attendis jour et nuit près du téléphone, me réveillant en sursaut dès qu'il sonnait, et pleurant tout ce que je pouvais car ce n'était jamais lui. C'est le troisième jour qu'il appela. Lui...
« Allo ? » dis-je, sans espoir.
Et c'est là que j'entendis sa voix.
« On est encore à Paris, j'ai piqué ton numéro dans le répertoire de Tom, il refuse de t'appeler.
- Bill ???
- Non, c'est le pape ! Pff, bien sûr, que c'est moi... Qui veux-tu que ce soit ?
- J'aurais espéré qu'il reprendrait contact.
- Là, vu les cris qui sortent de sa chambre, il a l'air plutôt occupé, si tu veux mon avis... »
Je raccrochai sur-le-champ et hurlai de toutes mes forces pour faire sortir la colère qui venait de s'emparer de moi. Contre Tom, et contre Bill. Les deux. On sonna à ma porte trois fois de suite. Lorsque j'ouvris, je vis Mme Sanchez, ma voisine d'en face.
« Vous allez bien ? » me demanda-t-elle, effrayée.
« Oui...
- Ca fait plusieurs jours que vous n'êtes pas sortie, je commençais à m'inquiéter... Et puis, j'ai cru que quelqu'un était en train de vous égorger, Tasha !
- Excusez-moi...
- Est-ce que vous voulez que je vous prépare du thé ?
- Non, c'est très gentil mais ça va aller, je vous remercie. »
Elle me regarda, elle ne semblait pas convaincue.
« Vous voulez en parler ?
- Je traverse juste une mauvaise période, ça va s'arranger, ne vous inquiétez pas. »
Le téléphone sonna à nouveau, je laissai le répondeur se mettre en marche.
« Tasha, c'est Tom. Bill est venu dans ma chambre, mort de rire, et il m'a raconté ce qu'il t'avait dit. C'est des conneries, tu sais... Ca ne me ressemble pas, mais j'ai eu personne d'autre depuis que je suis parti, je te le jure... Rappelle-moi à mon hôtel, au 01... »
Mme Sanchez fonça les sourcils.
« C'est lui, votre amoureux ? Il a une très jolie voix, vous savez. Mais dîtes-moi, c'est quoi, cette langue qu'il baragouine ?
- C'est de l'allemand, madame.
- Oh, comme c'est charmant ! Ca me rappelle ce groupe, dont ils ont fait la promotion, à la télé... Ils passent ce soir sur la 6, une émission spéciale, je crois. Pékin Hotel ?
- C'est Tokio... Tokio Hotel. Merci pour l'info, je ne louperai pas ça.
- Est-ce que vous voulez venir regarder avec moi ? Ca vous ferait du bien, un peu de compagnie, vous savez.
- C'est-à-dire que...
- Allez, à tout à l'heure ! Je vous attends à 20h45. »
Elle me fit un signe de la main, je la rejoignis plus tard dans la soirée, en ayant pris la précaution de mettre un paquet de mouchoirs dans ma poche, au cas où.
On s'installa ensemble sur son canapé, elle avait cuit des pop-corn pour l'occasion. L'émission commença, c'était une interview en direct. Les quatre garçons étaient assis sur un sublime divan rouge, tous les quatre, et faisaient connaissance avec la journaliste. Tom regarda fixement l'objectif de la caméra, les larmes me montèrent aux yeux. Je n'écoutais pas ce qui se disait, j'avais les yeux rivés sur lui, il ne parlait pas. La blonde s'adressa à lui.
« Tom, vous semblez épuisé. Est-ce que vous allez bien ?
- Oui, oui. Tout va bien. Et vous ? »
Il déclencha l'hilarité générale, elle éluda la question.
« Que s'est-il passé pour vous ces trois derniers jours ?
- Pas grand chose, la routine. J'ai passé mes journées au lit, ça fait du bien de se reposer de temps en temps.
- Y aurait-il une fille là-dessous ? » demanda Alice, curieuse.
« Ca dépend, vous êtes libres, après l'émission ? »
Il avait le don de toujours paraître comme il faut, même quand ça n'allait pas. Son ton le trahissait, je pensais pouvoir être capable d'en juger... Mais il restait au maximum lui-même, il se maîtrisait toujours.
Mme Sanchez baissa le volume.
« Sa voix, au jeune homme avec le bandeau, me rappelle quelque chose.
- Vous l'avez sûrement déjà entendu...
- Oui, mais pas à la télévision, je m'en souviendrais... Un garçon si charmant ! »
Elle se tut quelques secondes.
« OH MON DIEU, TASHA ! »
Elle me fit sursauter, elle se leva et s'interposa entre le poste et moi.
« Vous sortez avec une STAR !
- Bien sûr que non, où est-ce que vous allez chercher une chose pareille ?
- Cela va de soi. Le concert, auquel vous êtes allé, c'était eux. Vous n'êtes rentrée que quelques jours après, et vous êtes triste car il part !
- Ma vie est moins palpitante que ça, Mme Sanchez... »
Elle se tut à nouveau.
« C'est dingue, mon imagination me joue vraiment des tours... » ajouta-t-elle.
Une heure plus tard, l'émission toucha à sa fin, elle n'avait pas été si passionnante que ça. Quant on connaît personnellement les garçons, ce cinéma ne présente aucun intérêt.
« Pourquoi a-t-il un T au marqueur dans la main, le rasta ?
- Il s'appelle Tom, madame. Et il a la réputation d'être plutôt égocentrique.
- Le garçon qui a laissé un message sur votre répondeur, ne s'appelle-t-il pas Tom ?
- Non, il s'appelle Tobias.
- Oh. Je crois que j'ai bu un coup de trop ! » s'excusa-t-elle.
Pourtant, elle avait carburé à l'eau gazeuse toute la soirée. Mais bon... Je lui souhaitai bonne nuit et rentrai chez moi. J'attendis une demi-heure et appelai le numéro que Tom m'avait laissé. Une sonnerie, puis deux, puis trois, quatre, cinq...
« Allo ? » dit-il, tout essoufflé.
« C'est moi.
- Tasha ! Je me suis fait du souci, je te jure qu'il a inventé cette histoire...
- Je ne sais pas qui croire. »
Il y eut un silence à l'autre bout de la ligne, puis le bruit d'une porte, et une voix féminine annonça : Tom ? Wolltest du das nicht wieder machen ?
« Oui, c'est vrai, c'était une pure invention de sa part. » lui dis-je froidement.
Je raccrochai et composai le numéro de l'accueil de l'hôtel. Pour plus de facilité, je parlai d'abord en allemand, histoire de ne pas me faire refouler.
« Ich möchte mit Bill Kaulitz sprechen, ich bin seine Mutter. »
La fille au bout du fil sembla perturbée.
« Je ne parle pas allemand, madame. »
Je pris un accent fortement étranger.
« Je voudrrrrais parrler à Bill Kaulitz, je souis sa maman. »
Elle me passa directement sa chambre. Quelle idiote, celle-là ! N'importe qui aurait pu faire pareil. Naïve à un point...
« Allô ?
- Bill, c'est Tasha. Il faut absolument que tu viennes me voir. »
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Voilàà...
Sois gentil(le), laisse une petite impression sur chaque chapitre... =$
Te plaît, te plaît pas ?